Marc
Yen stationne avec précaution son véhicule dans le garage souterrain du
Central. Il ouvre sa portière et pose un pied sur le ciment mais, au moment où
il bascule le corps pour sortir de l’habitacle, la poussée d’un bras puissant
le rejette contre son siège. Le bras de Vassiliev.
– Ça
va pas ? s’emporte Marc. Qu’est-ce qui te prend ?
– Il
y a, mon cher, que je n’aime pas les entourloupettes.
– Qu’est-ce
que tu veux dire ?
– Tu
étais où ? se contente de demander Vassiliev.
– Parti
faire une vérification ! Pourquoi ?
– Parce que j’aurais bien aimé me rendre avec toi
chez P&F !
– Oh,
ça va ! J’ai eu cette idée en revenant de la maison des Derck.
– Non.
À mon avis, cette idée, tu l’avais déjà en tête et tu as voulu l’exploiter tout
seul.
– De
toute manière, comment sais-tu que j’étais là-bas ?
– C’est mon petit doigt qui me l’a dit, réplique
Vassiliev en riant et en agitant son majeur de haut en bas sous le nez de son
collègue.
Marc Yen profite d’être déjà penché pour se jeter tête baissé contre le
large ventre de son collègue. Son crâne s’enfonce dans le mou de
l’estomac et il sent le corps de Vassiliev se couper en deux… mais pour se
raidir aussitôt et l’envoyer d’un brusque mouvement des hanches valser à
quelques mètres. Yen pivote alors sur lui-même et lance un violent coup de
poing vers le visage hilare qui s’avance vers lui. Raté. Avec une agilité
surprenante pour sa masse, Vassiliev évite le coup, lui prend le coude,
l’épaule, et d’une clé douloureuse l’oblige à s’aplatir au sol. Tout en tombant
vers le ciment, Yen se souvient des commentaires moqueurs rapportés sur son
gros collègue, ex-champion de catch. Il se rappelle maintenant que ces
moqueries étaient toujours lancées lorsque Vassiliev était assez loin pour ne
pas les entendre.